Veillée de Noël 2024 à La Chapelle
« l’auberge brûlée »
Narrateur : Il y a plus de deux mille ans, selon la volonté de l’empereur Auguste, les jeux olympiques devaient avoir lieu en Judée. Prévoyant l’afflux de sportifs, de légionnaires et autres spectateurs, Caïphe, qui possédait de nombreuses auberges autour de Jérusalem, avait ordonné leur agrandissement.
L’une de ces auberges se situait à Bethléem. Elle était tenue par Rémus, un ancien boulanger qui l’avait baptisé « Au bonheur des dames », car Rémus, très amoureux de sa femme, en avait fait un espace douillet qui convenait parfaitement aux citoyennes de l’empire en route pour Jérusalem. Mais les villageois l’appelaient plus simplement « la maison du pain ».
Hélas, alors que les travaux se terminaient, trois catastrophes s’abattirent sur le pauvre Rémus. Sa femme s’enfuit avec un beau légionnaire qui sentait bon le sable chaud. Un ouvrier oublia probablement une bougie, et l’auberge brûla entièrement, sous les yeux consternés des habitants de Bethléem. Enfin, l’empereur Auguste abandonna son projet de jeux olympiques à Jérusalem.
Proche de la ruine, Caïphe plaida sa cause auprès d’Hérode, qui envoya une missive argumentée à l’empereur. Si les jeux ne pouvaient se ternir à Jérusalem, qu’on organise au moins quelques spectacles de gladiateurs pour attirer les foules et rentabiliser les auberges.
Auguste leur refusa les jeux du cirque, mais il leur accorda beaucoup mieux : un recensement ! Ainsi toute la population devrait se déplacer et pourrait louer ces chambres fraîchement construites.
C’est ainsi qu’un petit matin de décembre, un charpentier, Joseph, et son épouse, Marie, reçurent l’ordre de se rendre à Bethléem pour s’enregistrer auprès des autorités romaines. C’était un long voyage depuis Nazareth, dans le vent et le froid. Mais Joseph était confiant : il serait accueilli par un de ses nombreux cousins, tous descendants de la maison de David.
La nuit était tombée quand ils arrivèrent à Bethléem, mais aucune lumière n’était allumée. On aurait dit une ville morte…
[Joseph et Marie arrivent avec l’âne, en remontant l’allée centrale. Bruit de tempête, l’église est éteinte, la sonorisation est branchée sur une rallonge à la prise de la sacristie pour permettre l’extinction de la nef]
Chant : F256 – La voici la nuit de Dieu (couplets 3 et 2)
3. Toute nuit contient son poids d’angoisse
Quand le noir nous couvre de son toit.
Cette nuit retient l’instant qui passe
Pour avoir le temps d’être à la joie.
R/ La voici, la nuit de Dieu
D’où le jour va naître comme un feu.
2. Toute nuit pressent que la lumière
Jaillira de l’aube qu’elle attend.
Cette nuit apprend que sa lumière
Donnera le jour à tout vivant
Joseph : Je ne comprend pas, tout est éteint à Bethléem.
Marie : Sens tu cette odeur ? On dirait qu’il y a eu un incendie !
Joseph : Oui, et je ne vois pas l’auberge de Rémus. On dirait qu’elle a disparu. [pause] Attend je vais frapper à cette maison. [Il frappe l’ambon, « lecteur » répond au micro de l’ambon]
Un habitant : Qui va là ? Ami ou bandit ? Juif ou romain ? Prêtre ou soldat ?
Joseph : C’est moi, Joseph, de la maison de David ! Je viens pour le recensement, où peut on se loger ? Ma femme est enceinte et va accoucher.
Un habitant : Tu dis que tu es Joseph et tu ne sais même pas que l’auberge de ton cousin a brûlé ? Rémus s’est enfermé : il n’accueille personne, et ne fait même plus de pain. Le village se meurt mon ami, débrouille toi comme tu peux.
Narrateur : Joseph, très inquiet, regardait Marie, épuisée, qui gémissait de douleur. La naissance était proche ! Il frappa de porte en porte, mais personne ne voulait ouvrir.
Marie : Joseph, essaye cette petite porte.
Joseph : mais c’est juste un cabanon ! Je connais qui l’habite : c’est une vieille veuve avec son fils, elle est même peut être morte ! [il va quand même frapper sur l’autel]
La veuve : qui va là ?
Joseph : Je suis Joseph, de la maison de David. Nous cherchons une chambre : ma femme va accoucher !
La veuve : Mon petit cabanon, est trop petit pour vous deux et votre âne, mais mon fils est berger et garde les troupeaux de Caïphe dans la montagne. Vous allez vous installer dans leur étable, vous y serez tranquilles. Ça ne sent pas très bon depuis l’incendie, et ils ont dû laisser le bœuf : au moins il vous tiendra chaud. Il me reste juste de quoi faire cuire une galette : allez vous installer, je vous l’apporterai tout à l’heure.
Chant : F236 – Qui vient à notre porte (couplets 1 et 3)
1. Qui vient à notre porte
Frapper en pleine nuit ?
C’est Dieu qui nous apporte
Le froid des sans logis.
Pour lui nos mains raniment
La braise déjà morte
Et lui nous illumine
D’un feu de Paradis.
3. Le pauvre dont personne
Ne veut s’embarrasser.
C’est Dieu quand il se donne
Les traits de l’étranger.
Il prend de nos langages
Les mots qui nous étonnent ;
Il prend de nos visages
Les yeux d’un frère aîné.
[pendant le chant, Marie s’assoit près de l’autel, Joseph contourne l’autel et récupère morceaux de bois, lumière, petit berceau et arrange le tout pour simuler un feu avec une lampe. L’âne est déposé à côté du bœuf, qui masque une brebis]
Narrateur : La neige commençait à tomber : il était temps de s’installer. Joseph rassembla quelques restes de bois de l’auberge détruite et fit un feu. L’âne s’approcha du bœuf pendant que Joseph construisait habilement un berceau de fortune. Puis il installa Marie confortablement.
[on rallume la lumière dans l’église]
La vieille veuve arriva peu après, avec sa galette chaude et odorante. Elle avait également apporté de l’eau et quelques linges.
[la veuve leur apporte un morceau de pain]
Et dans ce village déserté, qui semblait mort, on entendit des pas hésitants s’approcher : c’était un vieil homme, misérablement vêtu et sans doute affamé.
Marie : Bonsoir, approchez vous, n’ayez pas peur. Vous devez avoir faim, prenez un morceau de cette galette.
Narrateur : Le pauvre mendiant regarda Marie, puis saisit la galette et se réfugia dans l’ombre
Joseph : Marie ! Tu dois prendre des forces !
Marie : je n’ai pas très faim en ce moment, et cet homme en a plus besoin que moi.
Narrateur : à ce moment, on entendit des pas bruyants, le tintement des armes sur une cuirasse, et deux centurions apparurent à la porte de l’étable.
Massiminus : Centurions Martinus et Massiminus. Nous réquisitionnons cette auberge.
Martinus : Massiminus, ça n’a pas l’air d’être une auberge…
Massiminus : c’est le seul truc où il y a de la lumière, on a pas d’autre choix, ils vont se pousser un peu.
Narrateur : A ce moment, les centurions découvrirent Marie étendue, la vieille veuve essuyant son visage contracté. A leurs côtés, un homme bien bâti, l’air anxieux, et un pauvre hère à moitié nu.
Martinus : Pardonnez nous, nous sommes mutés en Gaule, moi Martinus à Amiens, et mon ami Massiminus à Verdun. Ce sera notre dernière affectation dans l’armée romaine. Nous avons encore une longue route, et nous espérions nous reposer un peu ce soir.
Marie : entrez, et prenez un peu de cette galette : vous devez avoir faim !
Narrateur : Mal à l’aise, le centurion Martinus, se tourna vers le mendiant et lui dit :
Martinus : tenez mon ami, vous devez mourir de froid. Prenez mon manteau pour la nuit.
Massiminus : J’ai un peu de vin dans ma gourde, buvez, cela vous réchauffera.
Narrateur : A ce moment là, Marie se mit à crier : l’enfant allait naître, sous le regard d’une veuve, d’un mendiant et de deux soldats.
Chant : F59 – Le fils de Dieu le roi de Gloire (couplets 1 et 2)
1. Le Fils de Dieu, le Roi de gloire
A voulu naître parmi nous ;
Il est venu sur notre terre
Au temps marqué par son amour.
Refrain Dès aujourd’hui, ton Royaume est proche,
viens parmi nous, Seigneur Jésus !
2. Ceux qui marchaient dans les ténèbres
Ont vu s’illuminer leur nuit
Et sur les peuples dans l’angoisse
Une lumière a resplendi.
Narrateur : Dans la montagne, les bergers furent réveillés par une grande lumière et les sons d’une trompette. Un ange proclamait : « aujourd’hui dans la ville de David, vous est né un sauveur. Voici le signe : dans l’étable de Caïphe, vous trouverez un nouveau né emmailloté ».
Les bergers connaissaient parfaitement l’endroit : c’est là qu’ils se reposaient quand ils ramenaient les bêtes au village. Intrigués, ils se concertèrent, et décidèrent de descendre jusqu’à l’étable. En arrière du groupe, le plus jeune reniflait, les yeux gonflés de larmes. Sur ce troupeau de cent têtes, son oncle lui avait confié une brebis, une seule, et elle s’était égarée dans la soirée. Il allait partir à sa recherche pendant que tous ses compagnons dormaient, mais voilà, cette sacré trompette avait réveillé tout le monde, son oncle en premier. Qu’allaient ils devenir, lui et sa mère, s’il ne la retrouvait pas ? Traînant des pieds il suivit les bergers jusqu’à l’étable.
Chef des bergers : l’ange a dit vrai ! Gloire à Dieu qui nous envoie un sauveur !
Marie : Merci mes amis, mais je vois un petit berger qui a l’air bien malheureux
Narrateur : l’enfant étouffa un sanglot et allait tout avouer « c’est ma brebis, que… que »
Marie [le coupe avant qu’il n’avoue] : c’est juste ta brebis qui trotte plus vite que toi ! Approche toi, elle s’est glissée entre le bœuf et l’âne gris et elle t’attendait ! [Joseph sort la brebis cachée derrière celle du boeuf]
Chant : Entre le bœuf et l’âne gris (couplets 1 et 2)
1. Entre le bœuf et l’âne gris,
dort, dort, dort l’enfant joli.
Mille anges divins, mille séraphins
volent alentour de ce grand Dieu d’amour.
2. Entre Joseph et sainte Marie,
dort, dort, dort, l’enfant joli,
Mille anges divins, mille séraphins,
volent alentour de ce grand Dieu d’amour.
Narrateur : L’étable n’était plus assez grande pour contenir tout ce monde et encore moins la joie du petit berger qui enlaçait sa brebis, courait dans le jardin, et revenait contempler, émerveillé, ce petit enfant grâce à qui, il en était certain, il avait pu retrouver sa brebis perdue. Il se heurta soudain à une belle femme, bien habillée et toute parfumée, mais qui cachait son visage sous ses cheveux. Il l’interpella : « Vous aussi, vous venez voir le sauveur ? Il a retrouvé ma brebis, ce sera un sacré berger, vous verrez ! »
La belle femme : Non, laisse moi, j’ai vu de la lumière, je voulais voir si l’aubergiste était là.
Narrateur : le petit berger n’avait pas remarqué Remus parmi les visiteurs, mais il prit la femme par la main et l’entraîna vers Marie, et annonça : « Madame Marie, cette dame s’est égarée et elle cherche Rémus, l’aubergiste
Marie : [avec un sourire tendre] approchez vous du feu
Joseph : [chuchotant] C’est elle, c’est la femme du boulanger, en plus c’est une samaritaine, faut pas lui parler…
La belle femme : Non, non, je n’ai pas de mari, je ne suis pas celle que vous croyez
Marie : Vous avez raison de dire que vous n’avez pas de mari : vous en aviez un, et celui avec qui vous êtes n’est pas votre mari. Mais Rémus vous aime toujours, il vous pardonnera j’en suis certaine.
Narrateur : à ce moment là, l’enfant Jésus ouvrit les yeux et sembla regarder toute l’assemblée, et chacun sentit au fond de son cœur la chaleur d’un amour immense.
Chant : F51-83 – A Bethléem Jésus est né (couplet 1)
1. A Bethléem Jésus est né,
Le Fils de Dieu nous est donné.
Au creux de notre humanité
Il nous apporte sa clarté. (bis)
Narrateur : Quelques jours plus tard, Joseph, Marie, l’enfant Jésus et le petit âne s’éloignaient à l’horizon, sous le regard attendri de la veuve, du mendiant, des deux centurions, des bergers, et de Rémus, enlaçant son épouse retrouvée. [Joseph et Marie partent avec l’âne et remontent l’allée avant de revenir vers la sacristie]. Remus s’exclama :
Remus : « On va la reconstruire, cette auberge, plus belle et plus accueillante qu’avant. Mais je vais changer son nom, ce ne sera plus « Au bonheur des dames », mais « Notre Dame »
Narrateur : le petit berger compléta « Notre Dame de consolation » ; le mendiant murmura « Notre Dame de charité » pendant que la veuve affirmait « Notre Dame de l’espérance »
Massiminus : c’est égal, quelle belle femme ! Elle a un visage de Madonne !
Chant : V44-58/IEV14-10 – Couronnée d’étoiles (couplets 1 et 3)
Refrain
Nous te saluons, ô toi, Notre Dame,
Marie Vierge Sainte que drape le soleil,
Couronnée d’étoiles, la lune est sous tes pas,
En toi nous est donnée l’aurore du salut.
1. Marie, Ève nouvelle et joie de ton Seigneur,
Tu as donné naissance à Jésus le Sauveur.
Par toi nous sont ouvertes les portes du jardin.
Guide-nous en chemin, Étoile du matin.
3. Quelle fut la joie d’Ève lorsque tu es montée,
Plus haut que tous les anges, plus haut que les nuées.
Et quelle est notre joie, douce Vierge Marie
De contempler en toi la promesse de vie.
