Homélie du 9 novembre

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Homélie de la fête de la dédicace de la Basilique de St Jean du Latran 9 novembre 2025
« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai… » Jn 2/19
Sainte colère de Jésus ! Il ne supporte pas que le temple devienne un lieu de trafic, même pour la
bonne cause… Il chasse sans ménagement, humains, vendeurs, bêtes destinées aux sacrifices. Sans
doute cela semblait-il un commerce juteux. Et le Seigneur Jésus, lui qui est venu au monde pauvre
et nu et qui restera modèle de pauvreté absolue sur la Croix, ne peut supporter ce commerce. Le
culte qu’il rend à son Père n’est pas de cette sorte. Il va donner sa vie gratuitement pour le salut de
tous les hommes. « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai… » Incroyable pour ses
auditeurs qui n’imaginent pas ce temple relevé ainsi en trois jours. Mais le Seigneur parle du
sanctuaire de son corps et nous savons, nous, que son corps ne restera pas au tombeau, mais qu’il
ressuscitera dans la gloire du Père.
Le Christ est venu pour le salut du monde et le chemin qu’il va parcourir le conduira à travers les
souffrances et la mort, à la Vie. Il ne refuse pas ce chemin. Il l’accueille comme don qu’il fait au
Père et à tous les frères. Il nous entraîne vers le Père. Il va nous faire goûter combien le Père, son
Père, nous aime. Encore faut-il que nous comprenions ce don qui nous est fait. Les Apôtres eux-
mêmes ont mis le temps de comprendre : ils se souviendront de ces paroles après la résurrection
quand ils verront que cela s’est réalisé en Jésus. Et leur peur se transformera, par la force de l’Esprit
Saint, en un vrai élan missionnaire.
Nous fêtons la dédicace de la Basilique du Latran. C’est un symbole de toute l’Église qui nous est
présenté. Or nous savons bien que l’Église elle-même doit toujours porter une grande attention à ne
pas devenir « caverne de voleurs ». Les tentations sont grandes de se laisser embarquer comme
toute société humaine avec ses inégalités, ses défauts, son péché d’orgueil, ses abus. Le Pape Léon,
reprenant en partie les mots mêmes du Pape François nous rappelle fort justement la place des
pauvres. Son parcours historique est impressionnant. Il nous montre qu’au fil des temps certaines
personnes se sont levées pour dénoncer les dérives de l’Église et ce sont tous les grands saints,
François d’Assise et les autres. A chaque époque, il y a eu des personnes courageuses qui ont
dénoncé les dérives et ont rappelé que l’Église est intrinsèquement pauvre et nue comme l’a été son
Maître et Seigneur. Les ordres religieux ont souvent été à l’avant-garde de ces réformes. Par leur
contemplation du Christ acceptant la souffrance pour sauver tous les hommes, ils ont rappelé à toute
l’Église quel est le chemin du salut. Ce chemin passe forcément par la souffrance et la croix, le
dénuement et la mort. Mais nous savons aussi que ce chemin est un chemin de vie, de résurrection.
« Frères, vous êtes une maison que Dieu construit » nous dit Saint Paul. N’oublions pas que c’est
Dieu qui construit notre maison commune. Il en est l’artisan et nous en sommes les pierres vivantes.
Pour que le Christ puisse construire la maison, il faut des pierres vivantes, des pierres qui
s’associent pour que la construction soit solide, bien bâtie et belle. L’image d’une basilique, d’une
cathédrale est parlante. Nous avons tous devant nos yeux l’extraordinaire réfection de Notre Dame.
Le résultat final est un chef-d’œuvre. Mais il en a fallu des matériaux et des personnes qualifiées
pour en arriver là. Les plus beaux matériaux sont mis en valeur par le savoir de l’homme. Il en va de
même pour notre Église, le Peuple de Dieu. Chacun y a sa place et personne n’en est exclu. Les
pauvres moins que tout autre. Mais pour que l’harmonie se réalise, il nous faut Quelqu’un qui nous
relie. L’Esprit de Dieu est là qui veille. Découvrons-le à l’œuvre dans le monde.
Aimons l’Église pauvre et ouverte aux pauvres. Faisons tout pour qu’elle ne soit pas caverne de
voleurs, mais une maison sûre où chacun peut trouver sa place. « Seigneur, donne-nous ton Esprit
pour bâtir ton Royaume ! » Seuls nous ne pouvons rien. Mais avec lui, la construction sera belle et
bonne, ouverte à tous et havre de paix et de joie pour les plus pauvres. L’eau de la Vie nous vivifiera
et nous inondera pour porter toutes sorte de fruits savoureux que pourront goûter tous les hommes
de la terre.