Homélie du 15ème dimanche ordinaire 13 juillet 2025
« Un Samaritain était en route et arriva près de lui ; il le vit et fut pris de compassion. » Luc 10
Comment ne pas être pris de compassion quand on voit comment l’homme est malmené aujourd’hui à Gaza et ailleurs. Sans doute les bons samaritains ne manquent pas à leur devoir. Ils sont là, ces membres de la Croix-Rouge et de tous les organismes d’aide. Ils sont là ces journalistes qui, au plus près des zones de combat, nous informent pour que nous puissions comprendre ce qui se passe et faire ce qui est en notre pouvoir pour soulager les hommes, les femmes, les enfants innocents en ces guerres qui les dépassent. Quand la force est le seul recours, combien sont nombreuses les victimes innocentes ! Et combien les bons samaritains sont sollicités. Bien sûr, l’action à niveau d’hommes ne va pas arrêter la guerre. Mais toute action, si petite soit-elle, rend l’homme blessé plus fort pour se battre et reprendre vie.
La violence de notre monde fait peur. Elle s’empare de très jeunes personnes et nous chrétiens, nous sommes là avec ce message d’amour que le Christ est venu nous enseigner. Cette parabole du Bon Samaritain, nous la connaissons bien. Nous savons qu’avant cet étranger, ce Samaritain, il est passé un prêtre et un diacre qui ont joué l’indifférence. Ils ne voulaient pas se souiller en prenant soin de cet homme blessé, tombé dans les mains de brigands. Ils ont passé leur chemin. Mais cet étranger, lui, s’est arrêté et a pris soin du blessé. Il s’est laissé prendre de compassion. J’ai été frappé par un article de La Croix, il y a quelque temps. Le journal rapportait les propos de l’Évêque de Gap, Louis Malle. Il dit combien il a été bouleversé par la rencontre, l’écoute et l’accueil des exilés qui traversent la frontière. Il dit la méfiance qui était la sienne mêlée à une peur de l’Islam. Il dit combien la rencontre de ces jeunes exilés l’a transformé. Lorsqu’on lui a demandé d’en héberger quelques-uns à l’évêché, ce fut un choc, mais un choc qui lui a permis d’écouter ces jeunes et de comprendre leurs motivations. Il dit combien les obsèques d’une jeune qui s’est noyée en voulant échapper à la police l’ont touché au cœur de sa mission d’évêque. Certainement le P. Louis MALLE n’est plus le même et sa mission d’évêque s’en trouve transformée.
La rencontre du pauvre, du souffrant, de « celui qui est tombé dans la mains des brigands » change le regard et l’approche que nous avons. Il est facile de parler des « étrangers , des exilés, des handicapés » « en laboratoire », sans les avoir rencontrés. Nos jugements sont alors péremptoires. Mais la rencontre concrète, la vie avec eux changent totalement notre regard et notre manière d’être. Quand nous avons ouvert notre maison et notre cœur, nous sommes transformés. Nous ne sommes plus les mêmes. J’ai vécu 13 ans merveilleux avec les personnes handicapées de la FCPMH. Elles m’ont appris combien la vie est précieuse, combien une amitié vécue peut relever quelqu’un, combien on peut être heureux même handicapés, et combien on peut être de vrais missionnaires. Je suis triste quand je vois comment on parle de la fin de vie. Ces personnes nous dirent beaucoup sur toutes les dimensions de la vie. Et nous ne devons pas prendre les décisions à leur place. Quand nous sommes « bons samaritains », quelque chose d’essentiel change en nous. Les valeurs de la vie ne sont plus tout à fait les mêmes.
La compassion du Christ pour les foules, pour les petits, les pauvres, les malades nous interroge. Quel regard portons-nous sur ceux qui sont différents de nous ? Sommes-nous prêts à les aimer tels qu’ils sont ? Les accueillons-nous avec ce qu’ils peuvent nous apporter de beau et de bon ? Et, si nous voulons les aider, commençons-nous par les découvrir, par les écouter ? Ce qu’ils nous diront nous bouleversera peut-être. Mais ce sera salutaire pour eux et pour nous. Laissons s’exprimer les pauvres. Ils nous évangéliseront. Et nous serons associés à l’œuvre du salut en Jésus-Christ. Nous sommes les disciples d’un Dieu qui a accepté d’être crucifié pour nous. Celui « qui est la tête de l’Église » est celui qui a accepté de monter sur la Croix comme un brigand. En cela il a connu la condition humaine la plus humiliante qui soit. Il a touché le fond pour mieux nous relever. Il nous a montré combien la vie de l’homme est précieuse. Sa compassion nous invite à vivre en bons Samaritains. Merci, Seigneur, de nous montrer le chemin !
