Homélie du 28ème dimanche ordinaire 13 octobre 2024
« Va, vends ce que tu as et donne le aux pauvres… Puis viens, suis moi… »
La radicalité de la réponse de Jésus a de quoi repousser, surtout quand elle est faite à quelqu’un qui
a de l’argent… Et l’homme qui est là devant Jésus semblait sincère dans sa demande d’approcher au
plus près du Royaume de Dieu. Il pratiquait les commandements à la lettre. Mais il sentait qu’il
devait aller plus loin, plus profond. La réponse du Christ est radicale. Il faut choisir la pauvreté et ne
pas s’enfermer dans les richesses qui dessèchent souvent le cœur. Nous avons fêté Saint François
d’Assise. Lui a su renoncer à ses richesses personnelles pour se mettre au service des pauvres et
donner une marque d’affection au lépreux. Et notre Pape, en prenant son nom, ne s’est pas trompé. Il
voulait aller aux périphéries, là où le Christ pauvre et nu, s’est manifesté. Les choix qu’il fait
l’emmènent toujours au plus loin, aux confins de la terre. Le choix de ses 21 nouveaux cardinaux
le montre bien. Ils ne sont pas issus des grandes capitales, mais souvent d’humbles églises présentes
au cœur d’un monde. Sur 21, 11 sont des religieux ayant fait vœu de pauvreté. Ces nominations
honorent une Église « servante et pauvre » selon l’expression du Concile Vatican II.
« Va, vends ce que tu as et donne le aux pauvres… Puis, viens et suis-moi » Suis-je concerné par cet
appel du Seigneur ? Même sans avoir de grands biens, la question du Seigneur vient-elle me
percuter dans ma vie de chrétien, de disciple du Christ ? Et quels sont ces biens si précieux auxquels
je tiens tellement ? Si je relis le Livre de la Sagesse, je peux trouver une piste intéressante : « J’ai
prié et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la sagesse est venu en moi. Je l’ai
préféré aux trônes et aux sceptres » Discerner dans ma vie ce qui est utile, ce qui est bon et ce qui
est futilité et vanité, c’est à cela que nous sommes appelés. De quoi ai-je besoin pour vivre
décemment, pour que ma famille ne soit pas dans le besoin ? Qu’est-ce qui est complètement
superflu, mais qui manque tant à d’autres ? Notre Pape agace certains parce que, en bon Jésuite qu’il
est, il prend toujours le temps du discernement, le temps de l’écoute. Quand on écoute beaucoup,
parfois cela nous fait changer d’opinion ou nous montre que la réflexion n’est pas allée assez loin,
assez profond et nous sommes appelés à changer nos options.
Le Synode de Rome va dans ce sens. Le Pape a besoin d’être éclairé par la parole d’Évêques du
monde entier, par la parole de laïcs, la parole de femmes. Il est tellement difficile d’avoir une parole
unique pour le monde entier, une parole qui ne heurte pas les sensibilités si diverses à travers le
monde. A celles et ceux qui voudraient qu’une parole soit dite sur tous les sujets, le Christ nous
montre une sagesse qui sait discerner ce qui fait du bien à l’autre. A celles et ceux qui voudraient
toujours des réponses définitives, le Christ montre qu’il faut faire attention à chacun. Et, en Église,
nous sommes invités à vivre ce discernement. Qu’est-ce qui fera du bien aux hommes et femmes de
ce temps ? Qu’est-ce qui sera une bénédiction pour ce monde ?
« Elle est vivante la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants » dit
Paul aux Hébreux. Bien des saints ont entendu cette Parole et ont changé totalement de vie. Parfois
ce fut presque brutal, mais très souvent c’est aussi à longueur de vie. Nous n’avons pas tous nos
chemins de Damas, mais nous sommes tous invités à transformer nos vies au fil du temps… Il y a
des moments crucifiant dans nos vies où nous sentons qu’il nous faut renoncer à ce qui nous retient
loin du Seigneur et de nos frères. Le disciple de Jésus se souvient qu’il est disciple de celui qui a
tout donné sur une croix. C’est le chemin choisi par le Christ pour nous sauver, pour nous donner la
vie en abondance, pour nous proposer de partager sa résurrection. Oui, la vie du chrétien n’est pas
toujours un grand fleuve tranquille. Il y a des bourrasques pour choisir la vie en Christ.
« Va, vends ce que tu as et viens, suis-moi ! ». L’appel est lancé, l’invitation nous a été donnée au
baptême et nous est rappelé à longueur de vie. Le Seigneur veut nous alléger de tout ce qui nous
encombre sur le chemin de la vie. Renouvelons notre volonté de le suivre là où il veut nous mener.
Notre volonté est entre ses mains. AMEN !
