Homélie du 3ème dimanche de l’Avent 14 décembre 2025
« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Mt 11/3
Jean est celui qui a tressailli dans le sein de sa mère lorsque Marie enceinte de Jésus est venue
rendre visite à Elisabeth. Mais depuis ce temps, Jean a grandi et il est devenu l’homme qui crie dans
le désert, l’homme qui prépare le chemin du Seigneur. Il prêche un baptême de conversion et il
attend avec persévérance Celui qui doit venir pour sauver le genre humain, chaque homme, chaque
femme. Et il entend parler de ce Jésus qui prêche et fait de miracles. Est-il bien celui qui doit venir
ou faut-il en attendre un autre ? Et Jésus de répondre en faisant état de tout ce qui se passe. « Allez
annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux
marchent…. » Pas de doute, ces miracles sont les signes du Royaume. Les pauvres retrouvent leur
dignité et vivent leur vie d’homme et de femme recouvrant leur santé. Le Christ ne fait pas une
théorie sur la venue du Royaume annoncé. Tout simplement il dit les faits : Dieu intervient dans la
vie des hommes et c’est pour leur bonheur.
Jésus, tout en disant que le Royaume est là, qu’il se met en place, tient à asseoir la place du
Précurseur. « Qu’êtes-vous aller voir au désert ? Un prophète. Oui, je vous le dis et bien plus qu’un
prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour
préparer le chemin devant toi ! » Précurseur, Jean l’a été, ne se mettant jamais en avant. « Je ne suis
pas digne de détacher les liens de ses chaussures. » Le précurseur c’est le missionnaire qui part sans
bagages, les mains et les poches vides, mais le cœur rempli de cet amour fou qui va lui permettre de
reconnaître l’oeuvre du Seigneur dans les peuples qu’il rencontrera. Le Précurseur était vêtu de peau
de bête et se nourrissait frugalement de sauterelles. Le missionnaire reste cet homme, cette femme
qui s’oublie pour faire découvrir l’Autre avec un grand A. Comme Jean le Baptiste, il prêche la
conversion. Il est là pour montrer le chemin du salut. Je pense souvent à mes frères missionnaires au
loin, en Papouasie ou ailleurs. Il fallait une certaine abnégation pour tout laisser et partir ainsi. Je
me souviens de mon oncle. C’était en 1947 . Je le vois encore embrasser sa famille, sûr qu’ils ne les
reverrait pas tous. Dans ma tête d’enfant de 8 ans, je ne savais pas tout, mais je me doutais que ce
qu’il faisait était grand. Je me souviens d’une phrase d’un de mes confrères au Sénégal qui était tout
en sueur et qui me disait : « Tu sais, il faut quand même aimer Jésus pour venir dans ce pays… » Et
oui, il faut découvrir Celui qui doit venir…
Le Prophète Isaïe nous invite à la joie : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! »
« Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu ! » Le Seigneur qui vient c’est le libérateur. « Vous
savez, me disait un vieux Papou quand je suis passé là-bas, depuis que les pères sont parmi nous, on
ne se bat plus entre tribus comme avant ». Les fruits du Royaume n’est-ce pas la paix, la concorde,
le pardon ? Tout cela se mettra en place, mais patience, nous dit Saint Paul. Comme le cultivateur, il
nous faut beaucoup de patience. Il ne sert à rien de tirer sur la tige qui pousse. Elle ne poussera pas
plus vite. Au contraire elle se fanera. Et, dans un monde productiviste, ce discours semble hors du
temps. Mais le Royaume vient doucement, mais il vient. « On n’ouvre pas une rose avec les
doigts », me disait un de mes maîtres. Il faut la laisser éclore avec tout le soin que nous pouvons lui
apporter. Et quelle joie lorsqu’on la voit s’épanouir. Sa beauté, son parfum nous envahissent.
« L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » Cette
phrase d’Isaïe, le Seigneur dit qu’elle se réalise en lui. Les signes du Royaume n’est-ce pas de voir
les pauvres heureux ? Dans l’Evangile, ce sont les aveugles, les sourds, les boiteux qui sont relevés.
Aujourd’hui, ce sont tous les mal aimés, les victimes de la haine et de la guerre, de la faim, de la
ségrégation et de l’exil, de la mise au banc de la société. Et nous sommes là pour leur annoncer un
monde meilleur. Nous sommes là pour leur proposer de travailler à changer ce monde. « Les
pauvres nous évangélisent si nous savons les rencontrer et les aimer. « Le Seigneur fait justice aux
opprimés, aux affamés il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés » Ps 145. Puissions nous
faire advenir ce Royaume de paix, et de bonheur pour tous ! Le Royaume est là tout près…
