Homélie du 24ème dimanche ordinaire 15 septembre 2024
«Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole lui dit : « tu es le Christ ! »
Pierre n’hésite pas. Pour lui il est évident qu’il reconnaît en Jésus l’envoyé du Père, le Messie
annoncé par les Prophètes et attendu par le Peuple de Dieu tout entier. Jésus est apparu dans un
Peuple en attente du salut. Ce Peuple de Dieu a traversé bien des difficultés, a été malmené, mais il
était en attente. Et je voudrais m’arrêter un peu sur cette notion d’attente. Le Peuple de Dieu
aujourd’hui est encore en attente d’un Sauveur. Les biens matériels, les plaisirs ne remplissent pas le
cœur de l’homme. Il a besoin d’un supplément d’âme aujourd’hui comme hier et toujours. Notre
société propose parfois des bonheurs à quatre sous, bien éphémères. Nous pouvons nous laisser
envahir pas tant de choses. Mais nous savons que cela ne remplit pas la vie de l’homme. Etre en
attente, c’est creuser un désir beaucoup plus profond qui touche à l’être même que nous sommes. Et
cela n’est pas comblé par tout ce que nous propose la société. On peut être « gavé », mais notre désir
de bonheur n’est pas, pour autant satisfait. Nous creusons en nous, ou plutôt nous laissons le Christ
creuser en nous ce désir d’aimer, de grandir dans l’amour, dans le don de soi, dans la joie du don
gratuit que le Christ nous propose. Je pense que c’est ce que Pierre et les disciples ont découvert
dans Celui qu’ils ont suivi. Jésus est celui qui remplit la vie de l’homme, qui lui donne cette
dimension spirituelle et qui permet à l’homme d’être pleinement homme, créature de Dieu, invité à
faire grandir toute l’humanité.
La quête de Dieu n’est jamais satisfaite par l’accumulation des richesses, par le seul bien-être
recherché pour lui-même. L’homme est ainsi fait qu’il ne peut se contenter de l’avoir, du pouvoir,
des richesses extérieures. Sans nier le bienfait d’une vie confortable qui permette une vraie dignité
humaine, le disciple de Jésus ne peut s’en satisfaire. Il recherche toujours plus au fond de lui-même
ce qui peut le faire aimer davantage. Mais cela ne l’empêche pas d’agir. Saint Jacques, dans son
Epitre lue aujourd’hui nous le redit fortement : « Si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en
œuvre, à quoi cela sert-il ? » Le disciple du Christ qui professe sa foi ne peut se contenter de cela. Il
fait partie de cette humanité qui a besoin de la présence et du travail de tous pour grandir et se
développer. Je ne suis pas chrétien seulement le dimanche matin lorsque je vais à la messe. Le
chrétien est appelé à construire un monde où l’amour, la paix peuvent grandir. Et il est appelé à ne
laisser personne sur le bord du chemin. Il est frère universel, soucieux de ses frères et sœurs, dans
leur recherche de bonheur. Aider une personne à grandir, c’est la prendre dans toutes ses dimensions
humaines, corps et esprit.
Nous sommes parfois bien déroutés par les hommes que nous avons vénérés et qui ont fait aux yeux
de tous de belles choses, de belles réalisations humaines, mais qui ont aussi caché ce qui était le
péché de l’homme. Les scandales à répétition révélés ces dernières années et encore aujourd’hui
nous font mal. Il semble incompréhensible que des hommes qui ont été capables de rendre à tant de
gens leur dignité aient pu en même temps démolir tant de vies par leur comportement. Soyons justes
envers tous et d’abord envers les victimes. Reconnaissons aussi la valeur des œuvres mises en place
et aidons ces œuvres à se RE-créer après ces chocs si rudes. « La foi sans les œuvres, à quoi cela
sert-il ?» Ces œuvres sont bonnes et, nous chrétiens conscients de notre foi, mais aussi de notre
faiblesse, de notre péché, nous sommes là pour porter l’espérance à tout homme, à toute femme, à
tout enfant. Les œuvres bonnes pour les hommes, encourageons les et aidons-les et faisons œuvre
de justice et d’amour.
Frères et sœurs, laissons-nous interroger par le Christ et entendons sa question : « Pour vous, qui
suis-je, » et répondons honnêtement à cette question. Qui est Jésus pour moi ? Est-il vraiment le
Sauveur, le Messie de Dieu ? Est-il le moteur de ma vie ? Son Evangile inonde-t’il vraiment ma vie
d’homme, de femme et me rend-il heureux de m’engager au service des plus pauvres et des plus
petits ? Seigneur, fais que ma charité soit inventive comme la tienne, ouverte à tous ceux qui ont
besoin d’être aimés et d’être aidés.
