Homélie du 22 février

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Homélie du 1er dimanche de Carême 22 février 2026
« Jésus fut conduit au désert par l’Esprit » Mt 4 /1
Le désert, c’est toujours une énigme… Il semble vide de toute présence et il est singulièrement
habité. Dans le désert du Ferlo au Sénégal, mon confrère Claude me disait : « Tu ne vois personne,
mais il y a des centaines de paires d’yeux qui nous voient avancer… » Et c’était bien vrai puisque,
arrivés à son dispensaire en plein désert, des dizaines de personnes ont surgi et dansé en notre
honneur. Je ne peux entendre l’Évangile d’aujourd’hui sans me souvenir de cet unique passage au
désert. Un désert beaucoup plus habité qu’on ne le pense. Jésus fait l’expérience de ce désert habité
puisqu’il va y être tenté et que toutes les tentations qu’il va rencontrer sont les tentations de tous les
hommes de la terre. A travers ces tentations, ce sont tous les humains qui se retrouvent avec leurs
désirs de puissance, l’orgueil, le désir d’accaparer les biens, l ‘asservissement des plus faibles.
L’homme est toujours tenté de se faire dieu sans Dieu. Mais nous entendons aussi l’appel du
Seigneur à ne pas tomber en tentation. Car le Christ démasque toujours le tentateur et nous invite à
faire de même.
Dans nos vies bousculées ou dans nos vies retirées, le tentateur est toujours là et ce temps de
Carême marque notre vie de disciples. Reconnaître au cœur de nos vies le passage incessant de
celui qui nous tente, c’est reconnaître que nous partageons notre humanité avec ce peuple de
pécheurs que le Christ vient sauver. Nous sommes de ce Peuple de pécheurs et ce temps de Carême
est là pour que nous en prenions conscience et que nous fassions un pas vers le Seigneur et vers les
autres. Le Christ au désert aujourd’hui a voulu montrer qu’il est vraiment homme et qu’il n’a pas
peur d’affronter le mal. Son attitude nous aide à faire les pas nécessaires pour avancer dans l’amour
du Père. La tentation est normale pour tout homme. Mais pour nous, disciples du Christ, y faire face
est aussi l’appel que nous recevons . c Nous sommes de cette pâte humaine qui nous rend tellement
vulnérables. Mais à nous de savoir réagir, de savoir répondre. Ne soyons pas naïfs, la tentation est
là, cette tentation d’accaparer, d’asservir, du chacun pour soi. Ce temps est un temps favorable pour
apprendre à dépasser cela.
Notre regard, en ce temps de Carême, doit changer et nous devons regarder le monde autrement.
Nous sommes invités à le regarder avec le regard du Seigneur qui donne à chacun sa chance de
vivre et l’appel au partage que nous recevrons nous fera regarder tout homme avec le regard même
de Dieu. Ce regard ouvre nos cœurs à chacun. Nous recevrons les pauvres comme des messagers de
Dieu et notre désir sera de les voir grandir, de les voir s’épanouir. Rendre sa dignité au pauvre est le
devoir qui nous incombe. Notre partage, notre prière, notre présence vont dans ce sens. Appelés à
avoir un cœur de pauvre, nous devons être attentifs à toutes formes de pauvreté dont souffrent les
hommes et les femmes de notre temps. Et nous savons qu’elles prennent des formes diverses. Bien
sûr, il y a la pauvreté extérieure et il faut la combattre. Mais il y a aussi toutes ces pauvretés
cachées, secrètes de tous ceux qui ont besoin d’être reconnus, aimés. Des organismes vont nous
aider à être présents et cette aide prendra des formes variées. Notre participation à des actions
collectives nous sera proposée. Des temps de prière seront organisés. Des rencontres, parfois
inopinées, nous bousculeront. Les nouvelles du monde ne nous laisseront pas indifférents. Créer la
paix et la solidarité est un chemin de Carême. Et puis n’est-ce pas aussi le moment de renouveler
notre approche des sacrements de l’Église, de l’eucharistie, du sacrement de réconciliation ? 40 jours
pour faire peau neuve en quelque sorte.
« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton Amour… Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et
raffermis au fond de moi mon esprit… Rends-moi la joie d’être sauvé». Je peux redire ce Psaume 50
tout au long de ce Carême. Il me soutiendra dans ma lutte contre le tentateur et me fera prendre
conscience que face à la tentation je ne suis jamais seul. Le Christ est là. Il me soutient. Il lutte avec
moi. Dans cette lutte j’associerai toute l’Église qui m’invite elle aussi à la conversion et nous
marcherons ensemble vers la Pâque. AMEN !