Vous connaissez la boutade : Les églises sont comme les bouteilles, elles se remplissent par le fond. Pour ne pas se mettre en avant, ne pas savoir comment faire, éviter une parole qui nous toucherait de près ? Samedi dernier, sortie de messe dans une petite église, un monsieur me dit : Nos parents fêtent aujourd’hui leurs 60 ans de mariage, les voilà. Je les salue, – Bon anniversaire ! Quel dommage que vous disiez cela à la fin de la messe, on aurait prié pour vous et avec vous. – On ne voulait pas se mettre en valeur. – C’est Dieu que vous auriez mis en valeur pour le don de sa fidélité.
Qui mettons-nous en valeur dans notre prière ? Jésus semble nous interroger sur la qualité de notre prière, qui rejaillit peut-être sur notre façon de vivre.
Il présente deux hommes qui montent au Temple pour prier. L’un fait une belle prière d’action de grâce (en faisons-nous ?), l’autre de supplication (avons-nous autant d’humilité ?) De plus, les deux disent la vérité. Le pharisien dit sa pratique minutieuse de la Loi. Le publicain collecte les impôts pour les Romains, pouvait-il ne pas tricher un peu, manipuler autant d’argent sans être un peu voleur, et considéré comme un pécheur public ? Si tous les deux disent la vérité, seul le publicain est déclaré devenu un homme juste. Pourquoi cela ?
Le pharisien, ce n’est pas le Bon Dieu qu’il admire, c’est lui-même. Mon Dieu, merci d’être ce que je suis. Je suis tellement bon que tu n’as rien à changer en moi, je n’ai pas besoin de toi ! Dans les pratiques pieuses de sa secte, il trouve l’assurance de sa justice – sa juste position vis-à-vis de Dieu, mais il n’attend rien de Lui. Non seulement il oublie son Dieu, mais il en arrive à mépriser les autres qui ne sont pas aussi bons que lui, comme ce publicain, dont il ne sait rien ni de sa peine ni de ses efforts ni de sa prière. Pour lui, il n’est pas un frère, mais un coupable.
Le publicain, lui, ne fait pas son propre éloge, mais l’éloge de son Dieu. Il connaît assez son amour paternel pour lui demander de lui ouvrir son cœur et de l’accueillir tel qu’il est. Il n’ose pas le regarder, conscient du mensonge installé dans sa vie ; en même temps il admire assez sa bonté et sa miséricorde pour espérer être pardonné.. Il n’a même pas l’idée de se comparer aux autres, les estimant sans doute bien meilleurs que lui. Seul Dieu peut le rendre juste, c’est-à-dire l’ajuster à son cœur de Père
Notre prière ressemble-t-elle à celle du pharisien ? Ne répondons pas non trop vite ! en disant merci au Seigneur parce qu’on n’est pas si mal, en comparaison de ces publicains juste à côté. A celle du publicain ? Pas oui tout de suite. Disons -nous Seigneur prends pitié en vérité, capables de reconnaître nos limites et nos pauvretés, pleins de reconnaissance pour ce regard d’amour et de miséricorde du Père ? Demandons la grâce de l’humilité, d’une prière de pauvre, et de proximité avec les pauvres car la prière se vérifie dans l’authenticité de la charité. Seul le pardon du Seigneur nous permet de recevoir les autres comme des frères.
30e dimanche C 2025
