Homélie du 8 mars

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Homélie du 3ème dimanche de Carême 8mars 2026
« Donne-moi à boire… » Jn 4/7
Jésus casse les codes. Lui, le Juif, demande à une étrangère, une Samaritaine, de lui donner à boire.
Même les Apôtres, pourtant habitués à voir Jésus bousculer les règles bien établies, s’en étranglent.
Un Juif ne doit pas avoir de rapport avec un Samaritain, un étranger et moins encore avec une
femme. Mais Jésus sait ouvrir un dialogue étonnant car il connaît le cœur de celle à qui il s’adresse.
Il va la chercher au plus profond d’elle-même, dans l’intimité de sa vie. Il lui fait sentir qu’il n’y a
pas de secret pour lui. Il lui parle de son mari, avec délicatesse : « Va, appelle ton mari ! » Ainsi il
lui révèle qu’il sait tout d’elle et de sa vie quelque peu dissolue. Lui qui dira qu’il est venu sauver les
pécheurs, qu’il est venu pour les malades et non pour ceux qui pensent aller très bien, connaît le
cœur de chacun. Il les sauve en leur donnant l’occasion de se redécouvrir. Pécheurs ils se relèvent
car les yeux du Christ sont pleins d’amour et son regard pénètre profondément au cœur de l’intime.
Pas de jugement hâtif, pas de reproche, mais simplement le constat : « Tu as raison de dire que tu
n’as pas de mari, tu en as eu cinq et celui avec qui tu vis maintenant n’est pas ton mari ; là tu dis
vrai. » Cette femme est complètement retournée : « Seigneur, je vois que tu es un prophète. » Elle
devient missionnaire : « Il m’a dit tout ce que j’avais fait… » Beaucoup de Samaritains crurent en
lui. Ils étaient en attente et sa venue a tout changé.
L’eau vive que le Seigneur promet, nous en avons tous soif. Depuis notre baptême nous sommes
plongés dans cette eau qui vivifie. Le Christ nous invite à creuser notre soif. Pendant ce Carême, il
nous a emmenés au désert, le lieu de la soif. Il nous a invités à creuser ce désir de nous renouveler,
de nous retrouver en profondeur, à changer notre cœur. Sa rencontre aujourd’hui, à travers cette
femme Samaritaine, nous propose un chemin de conversion. A nous aussi il dit tout ce que nous
avons fait et si nous faisons une démarche de réconciliation, c’est bien justement pour rencontrer
Celui qui nous regarde avec amour. Il sait qui nous sommes, ce que nous avons fait, mais, comme à
un confident, il nous dit qu’il nous aime et que, malgré nos refus d’aimer, il est là et nous sauve.
« Nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par Notre Seigneur
Jésus-Christ », nous dit Saint Paul. C’est Jésus Christ qui nous donne cette paix intérieure. Nous la
recevons dans un cœur parfois tourmenté. Mais le Seigneur sait nous mettre à l’aise ; il sait nous
remettre en chemin ; il sait nous aider à être nous-mêmes. « Gloire au Christ, Sagesse éternelle du
Dieu vivant ». Laissons ce refrain nous envahir en ce dimanche.
Jésus n’a pas peur de l’étranger. Il aborde cette Samaritaine qu’aucun Juif ne devait aborder. Il va lui
permettre un long chemin de conversion. Il l’accueille telle qu’elle est, pécheresse reconnue. Il sait
demander et accueillir ce qu’elle peut lui donner, cette eau bienfaisante qui étanche sa soif. Ce verre
d’eau à l’assoiffé, le Christ lui donne le goût de l’hospitalité. Et ce n’est pas lui qui lui donne l’eau.
C’est elle, l’étrangère, qui est invitée à la lui donner. C’est elle qui est hospitalière. Je reviens
souvent à un petit événement que j’ai vécu, il y a plus de 30 ans et qui m’a marqué. Je rentrais du
Sénégal quelques jours après Noël. Et dans cet avion, ce jour-là, j’étais à peu près le seul blanc. Je
voyais ces ouvriers Sénégalais qui revenaient de passer quelques jours en famille avant de rejoindre
les cités où ils allaient vivre et travailler. Ils avaient apporté à leurs familles les économies qu’ils
avaient réalisées en travaillant dur et en vivant une vie difficile loin des leurs. Ce jour-là j’ai rempli
une quarantaine de fiches de débarquement. La plupart ne pouvaient pas écrire en Français. Leur
sourire et leurs mercis m’ont bien récompensé. Je me disais : «ce soir, qui se soucie des ces gens
qui viennent travailler chez nous, faire les travaux pénibles, coupés de leur famille, dans le froid de
l’hiver ? » Ces personnes pourraient nous apporter beaucoup si nous savions découvrir leurs
richesses et si nous partagions les nôtres. Le cri de notre Pape Léon après celui de François son
prédécesseur, nous a invité et continue à nous inviter à avancer avec tous ceux qui viennent à notre
rencontre. Découvrons leurs richesses de cœur et nous ne serons pas des adversaires, mais des amis.
Comme le Christ à la Samaritaine, demandons un verre d’eau et ouvrons leur notre cœur.
« L’étranger, le migrant, le réfugié est un frère à accueillir, à respecter et aimer » (Dilexi te)