Homélie du Mercredi des Cendres 18 février 2026
« Prie ton Père qui est présent dans le secret… » Mt 6/6
En secret avec Dieu… oui, nous sommes invités pendant ces quarante jours à nous greffer sur notre
Dieu, à le prier dans le secret de nos cœurs, dans notre chambre intérieure, à retrouver une véritable
intimité avec lui. Temps favorable à la rencontre quotidienne avec le Seigneur, notre Carême nous
prépare à la plus belle des rencontres, celle que nous ferons au matin de Pâques avec le Ressuscité.
Un chemin de conversion, d’intimité nous est ouvert. Le prenons-nous avec sérieux aujourd’hui ?
Les cendres sur nos fronts ou dans nos mains nous rappellent que nous sommes « poussières » et
que nous avons tellement besoin de l’Esprit qui redonne vie. Quarante jours pour nous remettre
devant le Dieu d’amour qui se propose à nous comme le Sauveur. Nous sommes des pécheurs en
marche vers Celui qui va nous rendre vie.
Cette intimité avec le Seigneur ne nous empêchera pas, bien au contraire, d’être présents au monde.
La feuille de route que représente pour nous l’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle les trois étapes
indispensables de cette montée vers Pâques : l’aumône et le partage, la prière et le jeûne. Notre
prière silencieuse et personnelle ne nous empêchera pas de partager la prière de tout le Peuple, dans
la liturgie et la prière commune qui fera l’unité de notre communauté animée par Jésus-Christ.
Intense, cette prière nous conduira tout simplement, tout bonnement vers le partage et l’aumône, le
souci des pauvres, des petits, des laissés pour compte. Pas de prière personnelle ou communautaire
sans ce souci du monde, du partage, de la paix, de la justice. Et la maîtrise de nos sens sera ajustée
par l’effort fait sur nous-mêmes, le jeûne de ce qui nous accapare trop et dont nous devons nous
libérer. Le Carême est ce temps de libération, d’ouverture aux autres, au Tout Autre.
Nous entendons aujourd’hui cet appel du Prophète Joël : « Revenez à moi de tout votre cœur ! ».
Appel relié par Saint Paul : « Nous vous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier
avec Dieu. » Pas d’appel plus clair que celui-là. Ce temps est le temps de la réconciliation. Mais
lisons bien ce texte. Sachons que c’est le Seigneur qui nous réconcilie si nous acceptons qu’il agisse
en nous. Il faut lui laisser ce rôle de réconciliateur. Et nous devons accepter qu’il entre dans notre
vie comme celui qui fait toute chose nouvelle. Peut-être est-ce le temps favorable pour enfin faire
taire les vieilles rancunes… Peut-être est-ce le temps d’accorder ou d’accepter ce pardon que je n’ai
pas donné ou reçu. Peut-être est-ce le moment d’entreprendre une démarche de réconciliation envers
le prochain et envers Dieu. Le matin de Pâques sera alors le matin de notre propre résurrection,
matin lumineux, éclairé de la gloire du Ressuscité.
Nos cendres d’aujourd’hui n’auraient aucun sens si nous n’acceptions pas que le souffle de l’Esprit
les raniment et en fasse ce brasier d’amour. Comme pour Jésus mis au tombeau, l’Esprit de Dieu
nous redonnera vie, nous réveillera et fera de nous de véritables témoins de sa résurrection. Car le
Carême est aussi ce temps où nous allons mûrir cette mission que nous recevons de transmettre une
Bonne Nouvelle au monde. Le Carême doit se vivre dans le secret, mais il n’est pas solitaire. Il nous
ouvre à la solidarité. Dépouillés de ce qui nous retient, nous sommes ouverts à Dieu et aux autres.
Nous devons partager la Bonne Nouvelle reçue et méditée. Les cendres d’aujourd’hui sont une
Bonne Nouvelle pour le monde puisqu’ils montrent à tous que nous prenons un chemin de libération
ensemble, chemin qui est ouvert à tous. La Résurrection est notre point de mire. Offrons ce temps
de Carême pour que le monde vive mieux, qu’il soit plus solidaire, qu’il soit plus paisible pour tous
les hommes.
« Rends moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. », disons-nous dans le Psaume
50. Que le Seigneur me garde dans cette joie de connaître son salut sur moi, en moi. Que le
Seigneur garde dans la joie de connaître son salut à tous ceux qui m’entourent, à ceux qui se
réjouissent et à ceux qui peinent ; à ceux qui connaissent la paix et à ceux qui souffrent de la guerre.
Que la paix de Dieu règne dans le cœur des hommes partout, sur toute la terre. AMEN !
